Sur le quai de la gare de Phnom Penh, on attend un train qui partira avec une heure de retard. Le panneau d’affichage est approximatif, la climatisation du wagon encore incertaine. C’est pourtant à partir de ce genre de situation que le Cambodge se découvre autrement, loin des circuits organisés en minivan privé.
Visiter le Cambodge par ses transports collectifs (train, bus interurbain, bateau) change la nature même du voyage. On traverse des paysages ruraux qu’aucun circuit classique ne montre, on négocie ses trajets en dollars, et on compose avec des infrastructures parfois rudimentaires. Voici ce qu’on a retenu pour organiser des déplacements concrets entre Phnom Penh, Siem Reap, Battambang et les côtes.
A voir aussi : Les plus beaux monuments à visiter au moins une fois dans sa vie
Ligne ferroviaire Phnom Penh – Battambang : ce que le train impose vraiment
Le réseau ferré cambodgien reste limité à deux axes principaux. La ligne qui relie Phnom Penh à Battambang attire les voyageurs en quête de lenteur assumée. Le trajet dure nettement plus longtemps qu’en bus, mais c’est précisément l’intérêt.
Le problème concret : les voies ferrées souffrent d’un entretien insuffisant. Les ralentissements sont fréquents, les passages à niveau mal sécurisés, et des véhicules tentent parfois de devancer le train aux intersections route/rail. Ce n’est pas un détail folklorique, c’est un facteur de retard systématique qu’il faut intégrer dans son planning.
A voir aussi : Vivez Majorque autrement grâce à des activités authentiques
En pratique, on conseille de prendre le train sur ce tronçon uniquement si on dispose d’une journée complète sans contrainte horaire à l’arrivée. Réserver une nuit d’hôtel à Battambang le soir même sans marge serait risqué.

Le confort varie selon les wagons. Certains disposent de sièges inclinables et de ventilateurs, d’autres ressemblent davantage à des bancs en bois. Pas de réservation en ligne fiable : on achète son billet à la gare le jour même ou la veille, en espèces.
Bus interurbains au Cambodge : compagnies, fréquences et pièges à éviter
Le bus reste le mode de transport principal pour relier les grandes villes cambodgiennes. Les axes Phnom Penh – Siem Reap, Phnom Penh – Sihanoukville et Siem Reap – Battambang sont couverts par plusieurs compagnies privées.
Les différences entre compagnies portent sur trois points : l’état du véhicule, la ponctualité et la présence ou non de la climatisation. Certaines proposent des bus VIP avec sièges larges et wifi, d’autres alignent des véhicules plus anciens à tarif réduit.
Ce qu’on vérifie avant d’acheter un billet de bus
- Le point de départ exact : certaines compagnies partent de gares routières excentrées, pas du centre-ville. On se renseigne sur la localisation précise pour éviter un tuk-tuk supplémentaire à l’aube
- L’état des routes sur le tronçon choisi : entre Siem Reap et Battambang, la route est globalement correcte. D’autres portions, notamment vers le nord-est, restent accidentées selon la saison
- La politique bagages : les sacs volumineux voyagent sur le toit ou dans une soute sans garantie de protection contre la poussière. Un sac étanche pour les affaires fragiles n’est pas superflu
La fréquentation touristique a fortement baissé ces dernières années au Cambodge, avec une chute de près de 17 % des arrivées internationales en 2025 selon Cambodge Mag. Conséquence directe : certaines compagnies réduisent leurs fréquences ou regroupent des départs. On trouve plus facilement de la place, mais les horaires affichés en ligne ne correspondent pas toujours à la réalité du moment.
Bateau entre Phnom Penh et Siem Reap : un trajet spectaculaire sous conditions
La navigation sur le Tonlé Sap entre Phnom Penh et Siem Reap figure dans tous les guides. Le trajet traverse le lac, longe des villages flottants et offre un panorama qu’aucun autre transport ne permet.
Le revers : les bateaux sont souvent surchargés et manquent d’équipements de sécurité. Gilets de sauvetage absents ou en nombre insuffisant, capacité maximale dépassée, entretien variable. Ce constat, documenté par les autorités canadiennes dans leurs conseils aux voyageurs, mérite d’être pris au sérieux.
En saison sèche, le niveau du Tonlé Sap baisse considérablement. Certains trajets sont suspendus ou rallongés par des transferts en bus sur une portion du parcours. On vérifie les conditions de navigation au moment du voyage, pas trois mois avant.
Alternatives au bateau longue distance
Plutôt que le trajet complet Phnom Penh – Siem Reap en bateau (long et parfois inconfortable), on peut scinder l’expérience. Un court trajet en bateau local autour du Tonlé Sap depuis Siem Reap permet de découvrir les villages flottants sans subir une journée entière sur l’eau.
Pour rejoindre les îles du sud (Koh Rong notamment depuis Sihanoukville), des speedboats et ferries assurent la liaison. Le trajet vers Koh Rong reste le seul où le bateau est réellement indispensable, puisqu’aucune route n’existe.

Combiner train, bus et bateau dans un itinéraire Cambodge cohérent
L’idée d’un itinéraire 100 % transports locaux séduit, mais elle demande de la souplesse. Un enchaînement réaliste sur deux à trois semaines pourrait ressembler à ceci : arrivée à Phnom Penh, bus vers Siem Reap pour Angkor, train vers Battambang, bus vers Sihanoukville, bateau vers Koh Rong.
Ce qui fonctionne dans ce schéma : on alterne les modes de transport, ce qui casse la monotonie et permet de voir le pays sous différents angles. Ce qui coince : chaque correspondance ajoute une demi-journée d’incertitude. Les retards se cumulent vite si on enchaîne trois transports en une semaine.
- Prévoir au minimum une nuit tampon entre deux trajets longue distance pour absorber un retard sans perdre une réservation
- Garder les applications de réservation locales (Bookmebus, CamboTicket) comme référence, mais vérifier les horaires sur place : les retours varient sur la fiabilité des informations en ligne
- Avoir toujours des dollars américains en petites coupures, le paiement par carte reste rare dans les gares routières et les embarcadères
Le tuk-tuk et la moto-dop complètent le dispositif pour les déplacements urbains et les liaisons courtes. À Siem Reap, un chauffeur de tuk-tuk à la journée reste le moyen le plus pratique pour visiter les temples d’Angkor à son rythme.
Voyager au Cambodge en transports collectifs ne revient pas simplement à économiser quelques dollars par rapport au minivan privé. C’est accepter un rapport différent au temps, à l’imprévu et au confort. Les lignes de bus se rationalisent avec la baisse du tourisme, le train garde son charme malgré des infrastructures fragiles, et le bateau sur le Tonlé Sap reste une expérience à part, à condition de ne pas ignorer les limites de sécurité.

